SCHNELL² – Godzilla attack

Fierté nationale, partie intégrante du patrimoine des « musiques actuelles amplifiées » ou simplement grand groupe de metal naviguant désormais dans les hautes sphères du metal international, je ne saurais de quel superlatif user pour qualifier Gojira et sa musique. Tantôt ultra violente, tantôt beaucoup plus subtile et alambiquée, elle n’en est pas pour autant dépourvue d’une force quasi organique allant de paire avec un groove dantesque et progressif. Il est des certitudes inébranlables, bien que parfois remises en question, comme le statut d’ambassadeur du metal hexagonal qu’a le groupe depuis maintenant 3 albums. Le fait est qu’à chaque fois qu’elle revient la bête n’en est que plus forte, convaincante et assoit un peu plus sa dominance même si certains diront qu’ils se sont perdus en signant chez Roadrunner. Libre à eux.

C’est un groupe mature mais aussi plus sombre qui nous livre aujourd’hui Stranded, le premier extrait de son nouvel album « Magma » à sortir le 17 juin.

 

L’artwork de Magma

« Entre hâte et peur de la déception »

D’un point de vue tout personnel, la découverte d’un « nouveau Gojira » qu’il en soit d’un single ou d’un album, est précédée d’une sorte de rituel et ce depuis la sortie de leur second album : the link… Je sens l’irrépressible envie de me lancer dans l’écoute qui devient une idée fixe portée par l’excitation jusqu’à ce qu’enfin je lâche tout et que je me plonge dans un silence quasi monastique pour appuyer sur play (ce qui fait écho à une ligne du texte de Stranded : « the cure is in the silence« ). Pendant quelques minutes j’oublie le monde pour une immersion dans un nouvel univers. D’ailleurs, quelque soit le groupe, ce moment là est précieux et je pense que les gros boulimiques de musique seront d’accord, c’est toujours comme mettre la main sur un trésor caché dont on serait le premier à faire la trouvaille. Entre hâte et peur de la déception. Je bouillonne comme un camé avant un fix.

Nous y voilà.

« Le groupe emmène son monde là où on ne l’attendait pas »

Capture d’écran 2016-04-24 à 10.33.34L’ancien petit groupe de death metal d’Ondres est devenu grand et, à en juger par ce titre, bien qu’il en ait gardé l’énergie, n’est plus tellement death metal. Cela dit, ce n’est pas une surprise et ce n’est pas non plus pour me déplaire puisque l’évolution du groupe vers quelque chose de moins extrême s’est déjà enclenchée depuis fort longtemps. Et si on part par là, Gojira n’a jamais été (que) du death metal dans le sens où les puristes (cette bande de pénibles) l’entendent.

Ici le moins que l’on puisse dire est que la première écoute est déroutante, surprenante à minima. Et comme toujours, le groupe emmène son monde là où on ne l’attendait pas. Mais sous un aspect beaucoup plus consensuel, Gojira est-il vraiment si différent ?

Pour moi, très clairement la réponse est non. Gojira a l’étoffe des grands en ce sens qu’il sait parfaitement prendre des risques, se réinventer sans se perdre, qu’il évolue sans s’oublier et qu’il ne renie rien, même plus, qu’il assume tout. Par ailleurs c’était déjà le cas sur A sight to behold, figurant sur le 4ème album The way of all flesh, où le vocoder sur la voix de Joe en avait déstabilisé plus d’un. Bref, sous ses airs faussement simplistes et « vite torché » Stranded a en fait une foule de trésors cachés.

Passé le premier ressenti d’un Pantera caché derrière son riff d’ouverture, ce refrain beaucoup plus rock & roll qu’à l’accoutumée et cette impression que le son de guitare manque un peu de corps (particulièrement si on compare avec la production de From Mars to Sirius), le premier constat est assez limpide. Gojira est en forme. Sans pour autant se répéter, ce titre évoque Vacuity, le premier single de The way of all flesh. Dans la construction de son riff principale, dans l’architecture du morceau mais aussi dans ses subtilités. Les guitares saccadées complètent un groove de batterie hyper épuré et efficace qui fracturera quelques nuques. La structure se retrouve dans un format couplet / refrain plus easy listening et la clôture du morceau dévoile quelques surprises. Sur Vacuity c’était du blast beat, Stranded en est son miroir inversé puisque Gojira ose la mélodie avec un chant clair des plus inhabituels.

« Avec force et conviction »

Ce n’est pas sa première tentative mais jusqu’ici les voix chantées de Joe avaient été similaire à celle du monstre qu’on imaginait se planquer sous notre lit quand nous étions enfant. Ici il n’en est rien. Non seulement on sent que Joe a travaillé son chant comme jamais mais surtout il l’emmène à un endroit inédit pour le groupe. L’émotion est palpable, réelle et c’est pour ça que ça fonctionne. Dans le chant tout est dans l’intention, dans ce petit morceau d’âme qu’on livre et qui sert de fondement au texte. Ce n’est un secret pour personne, les frères Duplantier ont vécu une rude fin d’année 2015 et ça a l’air d’avoir nourri leur créativité. On sent Joe empli d’une douceur mélancolique, d’une harmonie écorchée et même si son chant clair se trouve être des plus mélodique il reste extrêmement puissant et apporte un déluge d’émotions qui sert parfaitement la musique. De l’autre côté, ses gueulantes sont peut-être encore plus criardes de vérité et arrachées qu’avant. Le bonhomme sait ce qu’il fait et le fait comme personne. Ca reste, à mon sens, une des voix les plus intéressantes de la scène metal mondiale, si ce n’est la plus intéressante.

Un titre plutôt clair obscur, nuancé mais interprété avec force et conviction. Surprenant tant en terme de composition que de production mais clairement assumé, c’est le parti-pris de Gojira sur ce premier extrait de ce qui sera leur nouveau bébé. Le groupe a prévenu son monde, plus direct et droit au but, moins de chichis pour un rendu allant à l’essentiel. Pour le coup on peut dire qu’il n’y a pas tromperie et il fait hâte d’être au mois de juin pour avoir l’intégralité de Magma entre les oreilles.

Adripix Écrit par :

Né à la fin des années 80 à Lyon. Musicien et rédacteur amateur installé à Nice, passionné par les arts de manière générale et particulièrement boulimique lorsqu'il s'agit de musique.

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