Flashback – I’ve watched you change – Part 2

Deuxième partie du retour sur la carrière déjà prolifique du groupe de métal alternatif Américain Deftones.

L’idée est toute simple, comme on peut le faire au cinéma pour certains réalisateurs dit cultes ou en expositions artistiques pour certains peintres et plasticiens de renom, sur Ultrabite nous voulons nous atteler à développer une série d’articles plus ou moins ponctuels que l’on appellera flash-back afin de passer en revu la carrière de certains groupes et ainsi avoir une lecture d’ensemble de leurs œuvres et de leur cheminement créatif. Cette rétrospective nous permet également de revenir sur certains disques mythiques (pour nous du moins) et, pourquoi pas, de vous faire découvrir une ou deux perles…

Dans la première partie de cette longue rétrospective consacré à Deftones, nous avons vu ce que beaucoup considèrent comme son âge d’or ou comment la formation de Sacramento a débarqué, assis sa réputation et conquis le monde en l’espace de trois albums sans pour autant vendre son âme au diable et transformer sa musique en un vecteur de ventes de yaourts bon marché. Aujourd’hui nous allons voir la période « post White Pony » et tout ce qu’elle a amené au groupe tant sur le plan musical qu’humain.

Il est parfois bien périlleux que de continuer à flirter avec les étoiles lorsque l’on a atteint un climax. En revanche il est aisé et, malheureusement, quasi inévitable de décevoir. Plus facile de monter que de rester en haut mais certaines exceptions confirment la règle et Deftones en fait partie, bien que la bande des 5 se soit un peu perdue en chemin…

La période qui a suivie la sortie de White Pony fut prospère pour le groupe à bien des égards mais encore plus éprouvante que la tournée Around the fur. Le groupe va enchainer interviews pour la presse spécialisé internationale, tournages de clips, tournage d’un DVD mi-acoustique mi-live à Hawaï pour la série Music in high places, plateaux télés partout où il vont et évidemment d’énormes tournées de par le monde, à un rythme effréné. De plus, bien qu’ils se soient un peu calmé, les membres du groupe sont toujours dans une certaine dynamique « Sex, drugs & rockn’roll » avec tout les excès que ça suggère. Tant et si bien que le poids des conséquences va bientôt frapper à la porte du tour-bus des Américains et Chino va se détruire la voix à trop forcer dessus chaque soir sans la ménager ou même la préserver un peu. Il sera contraint à un repos d’une durée indéterminé sans même savoir s’il pourra rechanter un jour tant il est profond dans la mélasse. En parallèle, les tensions vont bon train et les conflits d’ego dans le groupe se sont fait si vifs pendant la tournée promotionnelle que ces vacances forcées vont être salvatrices pour tout le groupe sur le plan humain. C’est un fait, après 15 piges constamment fourrés ensemble, les Deftones arrivent à saturation, ne peuvent plus s’encadrer et ne le cachent pas particulièrement.

Le bordel s’étend de plus en plus et va également concerner Maverick records, leur label. Le groupe n’a toujours pas avalé d’avoir été pris en otage de leur propre musique par les bureaucrates de l’industrie musicale et comme si ce n’était pas suffisant, le label va interdire la diffusion de Entertain me : A film about Deftones, un documentaire sur le groupe autour de White Pony et de la tournée qui va suivre, produit par 44 Blue Pictures. Les patrons du label jugeant, entre autres, que les propos des membres du groupes (particulièrement ceux de Moreno) étaient « trop cash » et ne collaient pas avec l’image idyllique de rock-star qu’ils essayaient de développer autour du combo. – La bonne blague – Toujours est-il que le documentaire, 15 ans après, n’a d’ailleurs toujours pas vu le jour au grand dam des fans, du groupe lui-même et du réalisateur : Andrew Bennet.

Au menu des galettes

Deftones (Eponyme)

Deft-eponyme-resizeAprès quelques mois de silence c’est dans cette atmosphère bien particulière que les sessions d’écriture du nouvel et quatrième opus débuteront. Ambiance, deuxième acte.
Je vais pas vous la refaire 40 fois, vous l’aurez compris, chaque album de Deftones amène quelque chose de bien différent des précédents. L’éponyme n’échappe pas à cette exigence si s’en est une. Une nouvelle fois, sans l’intellectualiser à outrance, Deftones va tout de suite chercher à aller ailleurs que là où on les attends. Ils auraient pu choisir la facilité et reproduire White Pony ou, à défaut, basculer complètement dans leur facette la plus mélodique pour vendre encore plus de disques mais pas là. Pour Carpenter, c’est non. Profitant de l’absence de Moreno, il va rajouter une corde à son manche et ainsi passer sur une ESP 7 cordes pour durcir le son, gagner en lourdeur et ajouter de la profondeur aux fréquences basses de sa guitare. Stephen va alors se remettre a écrire des morceaux en duo avec Abe à la batterie, dans une nouvelle dynamique. Les intentions du guitaristes sont assez clairs : radicaliser le son pour aller à l’opposé du chemin emprunté sur White Pony. Pari osé mais pas si surprenant bien qu’il sache pertinemment qu’après un album comme White Pony, qui a vendu plus de 175 000 copies aux états-unis dans sa première semaine de sortie (puis certifié platine pendant la période d’écriture du nouvel album), la formation sera clairement attendu au tournant avec ce nouveau disque. Ce contraste dans les choix artistiques du combo se vérifie assez facilement tout du long. Le groupe s’est « amusé » presque systématiquement à sortir un album plutôt violent, suivi d’un album plus calme, avec pour ligne directrice et commune l’expérimentation et la fusion de ces deux mondes. Car dans tout ce qui est sombre chez Deftones il y a de la lumière et inversement, dans tout ce qui est clair, il y a une part d’ombre qui créée l’équilibre. Une sorte de signature musicale du groupe au long terme, même si je doute encore que ce parti pris soit très conscient. D’ailleurs c’est la face obscure qui prendra le dessus sur ce quatrième volet discographique comme on peut le voir dès la prise en main de l’album avec son artwork hyper sombre, reprenant l’imagerie tattoo forte de symbolique. L’atmosphère régnant au sein du groupe va les inciter à dépeindre un paysage sonore empli de mélancolie et de tristesse, presque fantomatique, qui tranche nettement avec l’énergie sauvage qui propulse les parties de guitare et de batterie (Battle-axe, Deathblow).

Le disque arrive dans les bacs le 23 mai 2003 (presque 3 ans jour pour jour après White Pony). Il devait s’appeler Lovers mais le groupe ne parvient, encore une fois, pas à une entente générale ce qui l’incitera à ne simplement pas titrer son nouveau bébé et retirer le morceau Lovers de la tracklist finale pour le sortir plus tard, sur un EP accompagné d’Hexagram (premier single et titre d’ouverture du disque) ainsi que quelques versions live. Bien que l’ombre de White Pony plane encore fortement sur le combo (MoanaMinerva et son clip qui va largement contribuer au succès commercial de ce disque) et que Frank, de la même manière que sur le précédent opus, va garder son rôle et avoir la main basse sur les ambiances (Lucky you, Anniversary of An Uninteresting Event), le fait est que le groupe, en accord avec le producteur, va faire le choix de mettre l’accent sur les parties plus organiques. Et principalement sur la guitare qui se révélera être non seulement au centre du disque et de son master mais foncièrement plus abrasive que jamais en terme d’écriture, pour ce qui est de la rythmique. D’ailleurs une des nouveautés notable bien que subtile est que cette dernière sera, pour une fois, suivie de près par le chant qui tend presque vers le screamo sur les parties les plus violentes de certains titres (Hexagram, When Girls Telephone Boys, Bloody cape). Moins d’expérimentations et de chichis propre au studio pour quelque chose de plus brut de décoffrage, plus massif et direct (avec un réel impact live) sans pour autant remettre en question ce qui a été accompli jusque là. Ce sera le crédo de ce quatrième album qui va marcher presque aussi bien que le précédent et être accueilli en grande pompe par le publique, bien que moins acclamé par la critique que son grand frère. C’est, à mon sens, un disque largement sous-estimé qui contient de véritables joyaux du métal moderne pour qui sait tendre l’oreille afin de les saisir et qui renoue d’ailleurs avec certaines sonorités d’Around the fur, en plus maitrisé, plus mature et même plus violent parfois (Needles and Pins rappelant énormément My own summer par exemple).

Saturday Night Wrist

deftones-saturday-night-wrist-sizeComme d’habitude, un long cycle promotionnel fait de tournées, de clips et d’interviews va suivre la sortie de l’éponyme. Le groupe a enfin levé le pieds sur son rythme de vie car il est des choses aussi désagréables qu’inévitables comme le fait de prendre de l’âge. Et d’un autre côté, même s’il a bien récupéré, on sent un Chino encore affaibli vocalement et les kilos en trop ne vont pas vraiment jouer en sa faveur, que ce soit sur ses performances vocales ou scéniques. Donc Calmés, c’est un fait mais tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes et les conflits internes n’ont pas disparu pour autant. Pas complètement. Il reste un truc sous-jacent, comme une ombre qui plane sur le groupe et qui pèse. C’est presque palpable tant ça va finir par transpirer dans leur musique par la suite…

Cependant les membres du groupe ont, cette fois, pris le temps de se poser avant d’attaquer un nouveau cycle, ce qui sera salvateur pour le groupe au long terme mais pas tant pour le disque suivant, qui s’intitulera Saturday Night Wrist et sortira le 31 octobre 2006, toujours sur Maverick records. C’est d’ailleurs le premier album qui ne sera pas produit par Terry Date et ça se sent très clairement dès la première seconde. Bob Erzin va défricher le terrain en encadrant le groupe dans son studio, pendant la phase de composition et ainsi, maquetter les pré-productions du disque en devenir. Finalement les Californiens jetteront leur dévolu sur Shaun Lopez (qui fera parti de Crosses avec Chino, quelques années plus tard) pour passer derrière la console et s’occuper de la production. L’autre grosse particularité du disque mais qui n’a, a fortiori, pas d’incidence sur les morceaux ou le son, c’est que ce sera une sorte de testament musical pour Chi Cheng. En effet, c’est le dernier album où il joue de la basse puis qu’il a eu son dramatique accident pendant les sessions d’enregistrement de l’album qui devait suivre.

Toujours aussi sombre que le précédent si ce n’est même plus en un sens. Là où L’éponyme était explosif, compulsif et légèrement déchaîné, SNW va révéler la facette la plus calme du groupe, développant une douce violence à coup d’expérimentations diverses et majoritairement électroniques. On sent alors un groupe un peu paumé, à tous les niveaux, qui ne cherche plus vraiment comme il a pu le faire avec brio par le passé mais qui SE cherche et se serait perdu en cours de route. Comme si les cinq tentaient assez maladroitement de renouer avec la magie de leur troisième album et par la même de contenter les fans qui réclament un White Pony bis, à la sauce 2006 sans vraiment y parvenir (Xerces). Ca évoque un peu le retour d’Elvis Prestley, quand le King est réapparu bouffi et diminué, en pantalon pattes d’eph’, en moins pitoyable cela dit.

Le disque tombe à plat, surtout si on le compare au reste de la discographie. Comme si les membres se forçaient à se remettre à écrire de la musique. Sans envie, sans passion, sans magie. D’ailleurs leur façon de travailler a nettement évolué sur cet album, de par la force des choses. Chino préférant s’éclipser la plus part du temps pour aller composer, enregistrer et tourner avec Team Sleep, son nouveau jouet (et premier projet parallèle), qui sort à cette époque son premier véritable album et commence à marcher. Toute fois, il ne se privera pas de garder un droit de véto et la main mise sur tout ce que ses camarades vont pondre en son absence. Chi Cheng déclarera-même, par la suite, préférer quitter le groupe que de réenregistrer un album dans des conditions similaires. Et comme c’était déjà un peu le cas sur le troisième opus, on va, plus que jamais, sentir l’influence du side-project de Moreno sur ce nouveau disque de Deftones. Mais là où les expérimentations étaient parfaitement en harmonie sur White pony et même si ces mêmes expérimentation fonctionnent très bien sur Team Sleep, cette fois la mayonnaise ne prendra que très mal. Le groupe donnera l’impression de s’auto-parodier tant certaines compositions ont un air de redite ou sonnent carrément à côté de la plaque.

Cependant même si l’alchimie des cinq est quelque peu rompue, on ne peut pas reprocher au groupe d’essayer (Cherry Waves) et Chino de creuser une autre dimension de son chant, ouvrant même sa tessiture vocale à quelque chose de moins « balisé ». Ce n’est pas nouveau, le chanteur n’en a jamais eu que faire de la bienséance et des conventions mais là il s’écarte encore un peu plus des sentiers battus, allant jusqu’à proposer des chants dissonants, qui sonneraient presque faux pour un béotien autant dans le scream que sur les mélodies (Combat). D’ailleurs ce n’est pas une énorme surprise que de retrouver Serj Tankian de System Of A Down, invité sur le titre Mein. Le type est quand même bien connu pour, à sa manière, emmerder lui aussi, bien profondément les conventions du chant qu’il soit métal ou pas. Et pourtant, tout comme Chino, ça ne l’empêche pas d’être un énorme technicien. Le seul truc un peu surprenant dans ce featuring est son improbabilité sur le papier, les deux hommes ayant des timbres diamétralement opposés et c’est probablement pour ça que le chanteur du groupe Americano-Arménien ne s’en tiendra qu’à un fade et discret pont où il fait plus office de backing vocal que de véritable seconde voix de tête.

La belle surprise de l’album sera U,U,D,D,L,R,L,R,A,B,Select,Start (oui oui, le Konami code) mélangeant électro éthéré, post rock au format radio (4 petites minutes malheureusement) qui n’est pas sans évoquer Mogwaï et dévoilera non seulement une nouvelle facette de l’hydre Deftones mais surtout révèlera de nouvelles intentions chez Moreno, qui finira presque dix ans plus tard par basculer du côté obscur de la force avec Palms pour sortir un disque de post rock. – Oh waiiit ! C’était donc ça ses chemises à carreaux pendant la période SNW
Il y aura aussi quelques titres plutôt fat et énervés (Rapture, Rats! Rats! Rats!) où Chino mettra à mal ses cordes vocales. Enfin un peu de fougue dans tout ça, il etait temps! Ces morceaux, en dehors d’être vraiment bons, vont venir dynamiser un ensemble plutôt mou du genou et redonner envie de progresser sur l’écoute de ce nouveau disque.
Toujours est-il que plus SNW avance plus le groupe creuse cette facette sombre et entre dans des limbes mélodiques (Pink Cellphone, Rivière). Même si les titres fonctionnent, ça reste peu inspiré, presque insipide et plutôt inquiétant pour la suite. D’ailleurs un des drames du disque réside dans le fait qu’ils étaient à deux doigts de retrouver la formule magique, à en juger par les sessions d’écriture avec Bob Erzin. Quelques démos ont filtré et bordel, qu’est-ce que c’était bon pourtant! Même sur certains titres de la tracklist finale, on sent que certains riffs (Beware et sa clôture démentielle), certains plans (Hole in the earth, Rats! Rats! Rats!) ont un potentiel énorme mais rien ne va vraiment exploser pour briller comme ça aurait pu. Malgré tout l’opus sera accueilli avec un énorme engouement aussi bien par les fans que par la presse, qui ne tarissent pas d’éloges le génie créatif d’un groupe qui a, pourtant, de plus en plus de mal à sortir des disques. Ah ça oui, légitime ou pas, ils vont bien leur laver le cul…

TO BE CONTINUED…

Adripix Écrit par :

Né à la fin des années 80 à Lyon. Musicien et rédacteur amateur installé à Nice, passionné par les arts de manière générale et particulièrement boulimique lorsqu'il s'agit de musique.

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